Rencontre avec Sophie Martin, praticienne plurilingue avancée certifiée en EFT
Dans cet entretien, Sophie Martin retrace les étapes de son parcours professionnel, explorant les facettes plurilingues et multiculturelles des différents métiers qu'elle a exercés à travers le monde.
ARTICLES EN FRANÇAIS
Hong Kong French Papers
7/16/20266 min read
Bonjour Sophie, pendant une très grande partie de votre carrière, vous avez évolué dans les sphères françaises et francophones liées aux arts, à la culture, aux médias et à l’évènementiel. Quelle impression en avez-vous gardé sur l'image que l'on se fait de la culture française en France et à l'étranger ?
J'ai travaillé pendant plus de dix ans dans la diffusion et la transmission de la culture française à l'étranger. Ce qui m'a souvent frappée, notamment à Hong Kong, c'est la persistance de certains stéréotypes sur la France : le luxe, la gastronomie, la baguette ou le béret… Pourtant, la culture française est une culture vivante, multiple, qui ne cesse de se réinventer. J'aimais faire découvrir des artistes, des auteurs et des penseurs, tout en créant des passerelles entre différentes disciplines et différents publics.Ce que j'aimais le plus, c'était voir la culture française entrer en dialogue avec d'autres cultures. Elle voyage, s'enrichit au contact des autres, tout en conservant ce qui fait son identité. Pour moi, la culture, c'est avant tout une rencontre, un échange, une conversation.
Vous avez exercé plusieurs fonctions très variées dans ces domaines. Quels sont les facteurs qui vous ont motivée à choisir ces domaines d'expertise au départ ?
En réalité, ce sont surtout ces domaines qui m’ont choisie ! J’ai étudié à Londres et, comme beaucoup d’étudiants britanniques, j’ai eu envie de faire une pause entre ma licence et mon master. Sauf qu’au lieu de partir faire le tour du monde, je me suis offert une année de mime corporel à Barcelone ! En parallèle, comme je parlais français, anglais et espagnol, je travaillais pour des plateformes internationales d’art contemporain où je coordonnais les relations avec des galeries internationales.
De fil en aiguille, je me suis retrouvée à Paris, dans l’atelier de l’artiste vénézuélien Carlos Cruz-Diez, puis à organiser des colloques universitaires autour de l’art vidéo, avant de rejoindre une association qui diffusait les musiques et danses africaines. Ensuite est arrivée l’aventure de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la Culture, puis Hong Kong. À Hong Kong, j’ai eu la chance de travailler sur des projets extrêmement variés. Mais celui qui reste le plus cher à mon cœur est sans doute le Festival international du film français. J’adorais cette effervescence, les rencontres avec les réalisateurs, les artistes, les journalistes, le public… C’est probablement ce qui me manque le plus aujourd’hui.
Pourriez-vous nous parler des souvenirs les plus mémorables que vous gardez de votre parcours professionnel ? Auriez-vous des anecdotes à nous raconter ?
J'ai toujours aimé emmener l'art là où on ne l'attend pas. À Hong Kong, j'adorais investir les centres commerciaux ou l'Avenue of Stars avec des spectacles, des performances et des expositions. J'aimais voir la culture sortir des théâtres pour aller à la rencontre des passants et surprendre des personnes qui n'auraient peut-être jamais poussé la porte d'un musée ou d'un théâtre. Pendant le Festival international du film français de Hong Kong, j'ai eu le plaisir d'accueillir le réalisateur Abdellatif Kechiche. J'étais enceinte de sept mois et je passais mon temps à courir d'une interview à l'autre. À chaque fois que j'arrivais avec quelques minutes de retard, il était persuadé que j'étais partie accoucher ! Et puis, la petite fille qui avait commencé par le théâtre espérait toujours secrètement qu'un réalisateur me proposerait un rôle… En réalité, la Sophie adulte vérifiait surtout que les micros fonctionnaient, que les artistes étaient arrivés et que le public trouvait sa place. Mes sourires n'ont finalement jamais suffi à décrocher le premier rôle !
Basée en Asie depuis de nombreuses années, vous avez vécu à Londres, Barcelone, Hong Kong, en Corée et aujourd'hui en Thaïlande. Vous sentez-vous multiculturelle ?
Oui, complètement. Je me sens profondément française et européenne, mais aussi totalement multiculturelle. Après toutes ces années passées à l'étranger, mon regard s'est élargi et ma définition de ce qui est « normal » a beaucoup évolué. En France, il me semblait naturel de faire la bise. Aujourd'hui, il me paraît tout aussi naturel de faire un hug, de joindre les mains pour dire bonjour ou merci, ou encore de m'incliner légèrement. Il m'arrive même parfois de faire les trois à la fois… c'est un beau spectacle ! Je parle anglais au quotidien, à la maison comme dans mon travail. Je pense qu'on ne se présente pas tout à fait de la même manière selon la langue que l'on parle : chaque langue porte un rythme, une énergie et une façon d'entrer en relation. Mes enfants sont de véritables enfants de la troisième culture. Ils parlent anglais entre eux, françaisavec moi, vivent aujourd'hui en Thaïlande et n'ont jamais habité en France. Cela m'amène souvent à réfléchir à la notion d'identité.C'est justement pour cette raison que je tiens à leur transmettre la langue et la culture françaises. À la maison, on lit, on regarde des films, on écoute de la musique française, tandis que mon mari et sa famille cultivent leurs racines anglaises et chinoises. Résultat : on mange aussi bien du Marmite que du camembert… et du durian ! C'est un joyeux mélange, à l'image de notre famille.
En 2018, vous avez entamé un virage vers l'univers du bien-être, du yoga et de la santé mentale. Votre expérience dans le monde de la culture vous a-t-elle fait appréhender cette nouvelle voie d'une manière différente ?
Je ne suis pas certaine d’avoir complètement changé de voie. Au fond, je continue le même métier. Avant, je mettais des artistes en lumière. Aujourd’hui, j’aide les personnes à se sentir plus à l’aise avec elles-mêmes et à oser prendre leur place sur la scène de leur propre vie. Derrière les difficultés à s’exprimer, il y a souvent bien plus qu’un simple manque de technique : du stress, de l’anxiété, un manque de confiance, du perfectionnisme ou la peur du regard des autres.Pendant mes années dans la culture, j’ai souvent observé la même chose chez les artistes : le talent ne suffit pas toujours. Il faut aussi dépasser les doutes, le trac et la peur d’être jugé pour pouvoir partager ce que l’on a à offrir. Aujourd’hui, je combine l’EFT, le yoga, la respiration, des outils issus du théâtre et des techniques de communication pour aider les personnes à apaiser le stress, retrouver davantage de sécurité intérieure et gagner en clarté. Mon expérience dans la culture et l’événementiel m’accompagne aussi énormément aujourd’hui. Organiser de grands projets internationaux m’a appris à gérer mon entreprise, à gérer l’imprévu, à m’adapter rapidement, à comprendre différents publics et à créer des expériences qui ont du sens. Ce sont des compétences qui me servent encore dans mes ateliers, mes formations et mes accompagnements.
Votre accompagnement se fait en anglais et en français. Avez-vous l'impression qu'il diffère selon la culture de vos interlocuteurs ?
J’accompagne des personnes d’horizons très différents. Les outils que j’utilise restent les mêmes, mais chaque rencontre est unique. Mon travail repose beaucoup sur l’écoute, l’observation et la curiosité. J’aime découvrir les différents codes de communication et les façons dont chacun exprime ses émotions. Après avoir vécu dans plusieurs pays, je suis très attentive à ces différences culturelles et langagières, car elles influencent notre façon de communiquer, mais aussi notre rapport à nous-mêmes et aux autres. Et puis, lorsque j’accompagne des clientes et des clients français, c’est un peu comme un retour à la maison. Nous partageons des références culturelles, un humour et une façon de communiquer qui créent une complicité immédiate. C’est très précieux, et j’ai beaucoup de plaisir à accompagner la communauté française installée à l’étranger.
Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?
De continuer à développer mes accompagnements, mes formations, mes programmes en ligne, ainsi que les pratiques du yoga et de l'EFT qui font partie intégrante de mon approche. J'aimerais aussi contribuer à rendre ces outils plus accessibles, notamment à travers des partenariats avec des associations ou des ONG. Aujourd'hui encore, prendre soin de sa santé mentale n'est pas toujours à la portée de tous. Si je peux, à mon échelle, contribuer à changer cela, ce sera déjà une belle réussite. Avec le temps, je me suis rendu compte que, quelle que soit notre langue, notre culture ou notre histoire, nous partageons souvent les mêmes peurs… et les mêmes aspirations : être compris, trouver notre place et nous sentir suffisamment en sécurité pour être pleinement nous-mêmes. C'est ce qui me donne envie de continuer ce métier chaque jour, quelle que soit la langue dans laquelle je le pratique.
Sophie Martin


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